Afrique

 

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Afrique (extrait)

Afrique mon Afrique
Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t’ai jamais connue
Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de I’ esclavage
L’esclavage de tes enfants
Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l’humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fouet sur les routes de midi
Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs
blanches et fanées
C’est I’Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L’ amère saveur de la liberté. 

David Diop (« Coups de pilon » – Présence Africaine, 1956)

comme un oiseau bleu

comme un oiseau bleu
porteur de grains multicolores
dans un jour qui se meurt

je marche la parole haute
dans une forêt de lianes
sur une toile d’araignée

poème est mon nom d’initiation
espoir mon code passeur d’étoiles

Tanella Boni,
Extrait de « Jusqu’au souvenir de ton visage »,
Alfabarre / 2011

Ma parole qui dit

Ma parole qui dit
N’est pas une amie qui chante 
Des merveilles
A tes oreilles oublieuses
Des dures lois de la flèche du temps 
Qui brise les cœurs de pierre
Exposés au froid de la nuit

Ma parole prend corps
Lovée sur une barque
Au coin de la lune
Qui résiste à toute tempête
La lune qui brille pour tous

N’oublie pas que je suis une carpe
Qui nage loin de la houle 
Des terrains minés

Tanella Boni
(inédits 2016)


Sur le sable…

Sur le sable, les feuilles de cocotiers
Sont tombées ; je les observe, couchée
Sur une natte façonnée à ma manière
Mes pores vibrent de cet air
Doux et frais ; le temps est magnifique
L’inspiration se frôle à ce bruit
Paradoxe effectif dans un univers mirifique
C’est le soleil qui, délicieusement luit
Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc
Les yeux se régalent sous les élans
De la beauté du paysage.
Les ondes marines me parviennent
Elles me portent un message
Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent
Ces mots marquant mon passage
Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.
C’est le mystère de l’écrivain
Partout, sa plume s’agite
L’univers lui, crépite
A sa guise, ses devoirs de devin
Il est un esclave de la nature
Qui chante sans cesse ses aventures.

Harmonie D. BYLL CATARYA, (inédit, 2016).


Comment dire Afrique ?

Je n’écrirai ni le mot noir,
ni le mot soleil,
ni le mot désert.
Comment dire Afrique, le large delta de tes doigts qui irrigue ma main,
les signes originels tracés à l’heure où s’épanouit une lune en berceau,
le fleuve de ton sang qui coule de tes viscères jusqu’à ma bouche ?
Tes légendes volent de grain de sable en grain de sable
et les Dieux partagent ta vie quotidienne.
En toi, je cherche ma mémoire du mystère.
Tes morts sont les miens, ils dansent dans la sève des arbres,
dans la course de la gazelle en fuite,
dans la glaise pétrie par les grandes pluies.
Comment dire tes rides d’expression, les cicatrices de ton corps,
la sueur qui creuse tes reins rouges ?
Moi « rose d’oreilles », comment pourrais-je dire ?

Chantal Dupuy-Dunier

Chaka

Tam-Tam au loin, rythme sans voix qui fait la nuit et tous les villages au loin
Par-delà forêts et collines, par-delà le sommeil des marigots… 
Et moi je suis celui-qui-accompagne, je suis le genou au flanc du tam-tam, je suis la baguette sculptée
La pirogue qui fend le fleuve, la main qui sème dans le ciel, le pied dans le ventre de la terre
Le pilon qui épouse la courbe mélodieuse. Je suis la baguette qui bat laboure le tam-tam.
Qui parle de monotonie ? La joie est monotone la beauté monotone
L’éternel un ciel sans nuage, une forêt bleue sans un cri, la voix toute seule mais juste. 
Dure ce grand combat sonore, cette lutte harmonieuse, la sueur perles de rosée !
Mais non, je vais mourir d’attente…
Que de cette nuit blonde – ô ma Nuit ô ma Noire ma Nolivé – 
Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau. 

©Chaka, Etiopiques (1956) in Œuvre Poétique, Léopold Sédar Senghor, éd. du Seuil. 1964, 1973, 1979, 1984 et 1990.

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