Mineurs isolés, un roman poignant qui vous ouvre les yeux, suivi d’un entretien avec l’auteur

mineurs isolés photo

 

Mineurs isolés, un roman poignant qui vous ouvre les yeux

Merci à Anne Poiré qui nous offre un roman poignant qui nous accompagnera longtemps.

Un roman coup de cœur.

 

Lieu : Tourment-lès-Petites-Baraques

Epoque : fin 2016, après le démantèlement de Calais

 

Dans Mineurs isolés, nous faisons, tout d’abord, la connaissance de Anne et Daniel, deux cousins inséparables, puis de Simba, un jeune Gambien, qui va nouer une relation très forte avec les deux cousins.

« J’ai toujours cru que mon cousin était l’être dont j’étais le plus proche. Et puis j’ai rencontré le frère de Saptieu. Rien à voir. Disons qu’avec lui , c’est différent, complémentaire. Notre relation s’est construite peu à peu, et, en même temps, dès le premier jour, un coup de foudre, amical, pourrait-on dire, nous a liés. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi… » Même si nous n’avons pas tous les mots, en commun, nous parvenons à nous comprendre. » p.97

Soixante-douze migrants arrivent dans la ville des deux adolescents, ce qui provoque des tensions au sein de la population de cette petite ville, voire au sein des familles.

Anne et Daniel proposent spontanément leur aide à l’Escale, le centre d’hébergement des réfugiés. Ils découvrent, alors, avec stupéfaction et horreur tout ce que ces jeunes ont subi dans leur pays, sur le trajet vers l’Europe, puis dans la jungle de Calais.

« Ils sont maltraités, humiliés, terrorisés, tourmentés, frappés, massacrés, abandonnés, exécutés. Survivre, après les déserts, à la traversée de la libye, tient du tour de force. » p.112

Les conversations avec tous ceux qui ne vont pas tarder à devenir leurs amis, leurs amigrants leur ouvrent les yeux.

« Comme tout le monde, je vois depuis des années des images, plein, de la traversée vers l’Europe, sur un petit bateau à moteur, un zodiaque surchargé, une barque de bois vermoulu. Manquent les odeurs de gazole, de vomi, la puanteur des besoins impossibles à évacuer, tous, trop longtemps entassés les uns sur les autres. L’animale et inhumaine promiscuité. Le bruit des vagues, heurtant la coque, de façon effrayante. Les craquements menaçants. Les cris, la peur. L’horizon immense, vide du moindre secours, ce ciel inclément. Face à ces amoncellements de corps, pressés les uns contre les autres, noués entre eux, je peux désormais me construire une représentation mentale dotée de chacun de leurs visages.

Plus grand cimetière que je connaisse, jour après jour davantage peuplé : la belle bleue, ses flots joyeux ! Avec Dany, nous le comprenons, plus jamais nous ne regarderons la mer de la même façon. Pourtant, avant, j’avais vu les infos. Je savais. Mon cousin aussi. » p.70, 71

En parallèle de tout ce que les deux jeunes vivent et découvrent se joue dans leur famille ce qui apparaît aux yeux de leurs mères comme une catastrophe, la séparation des grands-parents et qui, à leurs yeux, n’est rien comparé aux atrocités vécues par les migrants. Ils sont souvent déstabilisés par toutes les informations qui, au fur et à mesure que la confiance s’installe, leur sont délivrées.

Dans ce roman prenant, le lecteur sent bien que Anne Poiré maîtrise parfaitement le sujet. Dans « le jeu de dominos », un livre en direction des adultes, elle a déjà témoigné de son expérience de bénévolat auprès de jeunes migrants à la suite du démantèlement de Calais.

Ces deux romans sont des témoignages forts.

A la question que nous lui avons posée au sujet de la documentation, Anne Poiré nous répond :

« Outre le vécu, l’expérience, je lis chaque jour, grâce à Internet, et aux groupes de défense de migrants comme « Tous migrants » ou « Les Réfugiés de la Chapelle en lutte » sur FB, des situations qui me confirment combien l’engagement de chaque citoyen, quel que soit son âge, est nécessaire. Nous vivons un moment historique, nous ne pourrons pas dire à nos enfants « Nous ne savions pas »…Il est important de prendre position, et comme écrivain, je ne peux pas me taire. »

« J’utilise mes mots pour tenter d’aider le lecteur à regarder le réel. »

 

Mots-clefs

Amigrants

Engagement

Solidarité

Témoignage

Droits de l’homme

Emotion

Amitié

 

Un roman à se procurer toutes affaires cessantes.

Un roman poignant :

-qui nous ouvre les yeux

-à mettre entre toutes les mains, dans les collèges, les lycées, les médiathèques…

-qui ne laisse pas le lecteur indemne.

 

A noter les très belles première et quatrième de couverture, signées Anne Poiré et Patrick Guallino.

http://poire-guallino.eklablog.com/mineurs-isoles-vos-commentaires-a139923054

 

Anne Poiré 2

 

Entretien avec Anne Poiré

 

Vous êtes l’auteur de….

 Difficile de résumer ! Je suis l’auteur d’une bonne quarantaine de livres publiés, pour enfants, adolescents, adultes, lecteurs de toutes les générations. Pour les tout petits, je crois que celui que je préfère, c’est « Tous les chats », aux éditions Carmina, un livre très coloré, traduit dans la même édition en anglais, espagnol et aussi allemand. C’est à la fois un livre d’art et un album pour les petits… (lien ici http://poire-guallino.eklablog.com/tous-les-chats-2e-edition-a117882306.)Mais j’aime aussi le pacifique « Petit chaperon vermillon », qui a d’abord été publié au Canada aux éditions de la Paix, et que l’on trouve désormais en France. (lien ici :http://poire-guallino.eklablog.com/le-petit-chaperon-vermillon-a125453914 )

Pour les adolescents, « Le journal de ma sœur », paru aux éditions du Seuil jeunesse, a été sans doute le plus lu, et il a même été lauréat d’un Prix littéraire, le Ruralivre, décerné par de jeunes lecteurs, ce qui m’a beaucoup touchée. (Par exemple lien icihttp://poire-guallino.eklablog.com/le-journal-de-ma-soeur-editions-du-seuil-a108329496) Je souhaite un identique parcours à « Mineurs isolés », qui va paraître dans quelques jours et se penche sur la nécessaire solidarité à l’égard des migrants qui demandent à être accueillis quelque part, sur cette planète. (Lien là : http://poire-guallino.eklablog.com/mineurs-isoles-a137387054 ) 

Pour les adultes, mes deux derniers ouvrages sont particulièrement autobiographiques. « La mammographie » évoque un non-cancer, la peur de la maladie, la terreur de la mort, tout ce temps de l’attente, avant les résultats d’une biopsie, qui se révélera finalement tout à fait rassurante. Ce livre sérieux est pourtant souvent drôle, léger, car il est construit sur un échange de mails, avec des amis de l’héroïne, qui l’aident à mettre à distance ce qu’elle est en train de vivre. (Lien par là : http://poire-guallino.eklablog.com/la-mammographie-aux-editions-carmina-a128367714 )

Mon autre roman récent, paru en 2017, c’est « Le jeu de dominos », un témoignage, plutôt. Il s’intéresse également à la question de la migration, sujet à mes yeux central dans la société d’aujourd’hui. Suite au démantèlement de Calais, on découvre comment, notamment en zone rurale, des bénévoles peuvent s’impliquer dans un CAOMI, un centre pour jeunes mineurs. Ce document vise à faire connaître le réel afin de lutter contre les fantasmes, une imagination souvent erronée, et rendre compte de la générosité des échanges entre ceux qu’on appelle les migrants et ceux qui leur ouvrent leurs bras et leur cœur. (À retrouver ici : http://poire-guallino.eklablog.com/vos-commentaires-sur-le-jeu-de-dominos-a134307188)

Pouvez-vous me décrire votre parcours?

Lectrice vorace, mon parcours est littéraire, j’ai suivi des études de lettres, jusqu’à l’université. Mais je me suis surtout formée au contact des autres auteurs. C’est en lisant que l’on devient écrivain, j’en suis convaincue. En lisant, et en écrivant. Je suis sans doute le membre le plus assidu de la bibliothèque de mon village…  

Après, pour ce qui est des publications, je suis publiée à compte d’éditeur – chez de petits comme chez de très grands éditeurs – et j’ai créé aussi ma propre maison d’édition. Selon les titres, le chemin n’est pas le même. Ce que je déconseille à tous vos lecteurs, c’est l’édition à compte d’auteur, qui vise à abuser, tromper les néophytes. Mais je pense qu’actuellement, avec Internet, tout le monde sait éviter ces pièges peu constructifs. Il suffit de bien se renseigner… 

Écrivez-vous en ce moment , pouvez-vous m’en dire quelques mots?

Moment charnière, je suis en train de terminer la relecture des épreuves de mon dernier roman, « Mineurs isolés ». (J’en annonce la sortie là : http://poire-guallino.eklablog.com/nouveau-livre-a138092482  ) C’est une étape fondamentale. Après l’écriture, la relecture, le peaufinage, les chipotis, virgules, éléments de ponctuation que je déplace, supprime, sont autant de copeaux qu’il faut nettoyer, afin de mettre au net… Ces relectures sont épuisantes, scrupuleuses, je relis parfois 120, 150 fois le même texte, jusqu’à décider qu’enfin, je suis au bout. Toute mon énergie est concentrée dans cette activité. 

Après cette étape, je suis toujours très curieuse de savoir quel sera le prochain livre qui va s’imposer, me devenir nécessaire. Je l’ignore encore. Il est rare que j’aie plusieurs livres sur le feu en même temps. Lorsqu’un roman jaillit, en quelque sorte, il occupe toute ma vie, ma tête, mon corps, je ne pense plus qu’à lui, je ne peux me disperser. Il faut donc que le dernier soit terminé avant que je puisse m’autoriser l’aventure du suivant. Je suis une femme fidèle, en somme. Même si j’aborde successivement de nouveaux thèmes… 

Depuis quand écrivez-vous?

Dès l’âge de neuf ans, j’ai écrit de manière vitale des poèmes : mon papa venait de mourir, à l’âge de 46 ans, d’un cancer généralisé. J’avais besoin de trouver un lieu où échapper au réel, un lieu où m’épancher, un lieu où être bien. Les mots m’ont sauvée.

Ensuite, à dix ans, j’ai terminé mon premier roman. Rassurez-vous, il est toujours inédit. Mais je suis contente d’avoir réussi à le mener à son terme. Beaucoup commencent un roman… Ceux qui les terminent, même si ce n’est pas d’emblée un chef d’œuvre, ont sans doute quelque chose à dire. Surtout quand on récidive, comme je l’ai fait, si souvent ! 

Puis j’ai publié mon premier recueil de poèmes à 17 ans… Depuis, je continue. Tous mes textes ne sont pas publiés, loin de là. Mais écrire est une telle nécessité que je pense que je n’arrêterai qu’à la mort. 

 

Écrivez-vous chaque jour?

 Oui, je tiens aussi un journal, monstre, des centaines de cahiers, fichiers, qui s’apparentent pour moi à un exercice semblable à celui du carnet de croquis, chez le peintre, une façon de ne pas perdre la main. Cette activité répond à une nécessité intérieure. Dès que j’ai un peu de temps, je me réjouis, et je remplis mon carnet de pattes de mouches. À la maison, c’est sur mon ordinateur, que je me défoule : merveilleux outil, qui permet en plus d’avoir accès aux dictionnaires en ligne. On peut tellement facilement retravailler son texte, changer de mots, supprimer un paragraphe, déplacer un extrait. Dans « Mineurs isolés », ce qui a longtemps constitué le début du roman n’a pas été coupé, mais se retrouve désormais vers la fin du premier quart de l’histoire. Si j’avais dû tout recopier à la main, aurais-je aussi facilement déplacé l’épisode ? C’est qu’en plus, je suis assez illisible, lorsque j’écris de façon manuscrite. Encore une vertu de l’informatique : vous pouvez me déchiffrer… Certains lecteurs, sur des salons du livre, me demandent de bien vouloir décrypter ce que je viens de déposer sur leur exemplaire tout neuf ! 

Êtes-vous auteur à plein temps ou avez-vous une autre activité?

Les auteurs à plein temps sont extrêmement rares, dans notre société, contrairement au mythe pourtant bien répandu de l’artiste qui peut se consacrer à son art, tranquillement. Mais la création me porte, tout le temps : j’ai la chance de partager une merveilleuse autre activité artistique, avec Patrick Guallino, mon mari, de peinture et sculpture, qui nous permet de vivre, bien plus que les droits d’auteur, toujours réduits, de façon assez… étonnante pour ceux qui ne connaissent pas le milieu éditorial. Je vous invite à visiter notre site ( ici : http://art.guallino.pagesperso-orange.fr/), coloré, pour découvrir notre univers joyeux et optimiste. La peinture m’aide à écrire et l’écriture m’aide à peindre. Ce sont des pans différents d’un même trésor. 

Aimez-vous lire? Si oui, qu’aimez-vous lire?

Oui, bien sûr, j’aime, j’adore lire. Je me délecte avec les mots. C’est même mon activité principale, d’autant que je lis extrêmement vite. Je dévore essentiellement des romans, des fictions, jeunesse, souvent, de la poésie, parfois du théâtre, des livres contemporains, et très peu de textes d’idées, de type essai, même si j’aime réfléchir en traversant les univers inventés par mes amis les écrivains. J’aime les auteurs français et étrangers, classiques, contemporains, sans limite. Lire me détend et me nourrit. 

Que lisez-vous en ce moment?

Je viens de me régaler avec Clémentine Beauvais et « Songe à la douceur » aux éditions Sarbacane. Ce livre m’a tellement plu que je l’ai offert, intégralement, à voix haute à Patrick. Un joli partage amoureux. Souvent je lui lis des extraits, morceaux choisis qui ont fait battre mon cœur. Là, j’ai été obligée de tout lui proposer. Impossible de résumer pareil roman… Surtout dans son style. Un livre n’est pas qu’une histoire. C’est aussi la façon dont on la raconte. J’aime me laisser emporter par une voix. Une façon différente de m’emmener quelque part… 

Quel est le livre qui vous a le plus marqué(e)?

Je suis une gourmande et ce singulier me gêne, « le livre ». Il m’en faut beaucoup ! Vraiment beaucoup. J’ai lu tout Romain Gary. Victor Hugo me bouleverse. Prévert a changé ma vie. Boris Vian. Shakespeare. Oh, je ne voudrais pas citer que des morts. J’aime la littérature vivante, les coups de cœur qui surprennent, changent notre vie. Didier Van Cauwelaert, Olivier Bourdeaut… « Matin brun » de Franck Pavloff. « Lambeaux » de Charles Juliet. « La fée carabine » de Daniel Pennac. Boris Vian. Raymond Queneau. Mes goûts sont particulièrement éclectiques. La liste est infinie. Des femmes, aussi, à la plume acérée, bouleversante : Marguerite Duras, Annie Ernaux, Mary Shelley…   

 

Quel livre auriez-vous aimé écrire?

Je sais que ce n’est pas tout à fait votre question, mais j’aimerais écrire un livre léger et drôle, et ce qui sort de moi, alors que je suis optimiste et rieuse, dans la vie, ce sont des ouvrages sur des reconstructions après des deuils, le suicide, la schizophrénie, l’exil imposé, l’anorexie… J’aurais donc aimé écrire un texte que je n’ai pas encore écrit, mais qui viendra, j’en suis sûre, c’est même pour cette raison, exactement, que je continue à écrire. 

D’ailleurs, pour revenir à votre première question : bien sûr, le prochain sera drôle, léger, loufoque, aérien… Je n’aurais pas aimé avoir écrit un livre rédigé par quelqu’un d’autre. Mais le mien, ce livre qui dort encore en moi, alors là, malgré les centaines de manuscrits qui sont déjà derrière moi, j’ai hâte de pouvoir le lire ! Bientôt, peut-être ? 

Avez-vous envie de dire quelque chose à vos lecteurs ou futurs lecteurs?

Chers lecteurs, n’hésitez pas à m’écrire (anne.poir@wanadoo.fr) , après avoir découvert mon univers. L’activité d’écrivain est extrêmement solitaire, et les retours, les messages que je reçois des uns et des autres me bouleversent toujours, même si ce n’est pas un long mail, une carte postale exceptionnelle ou une lettre détaillée… Je suis toujours heureuse, vraiment radieuse, de vous lire. Mes livres sont un peu mes enfants, et savoir que vous leur reconnaissez telle ou telle qualité fait vibrer la mère possessive que je suis.  


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