Entretien avec Anne Poiré

Vous êtes l’auteur de….

 Difficile de résumer ! Je suis l’auteur d’une bonne quarantaine de livres publiés, pour enfants, adolescents, adultes, lecteurs de toutes les générations. Pour les tout petits, je crois que celui que je préfère, c’est « Tous les chats », aux éditions Carmina, un livre très coloré, traduit dans la même édition en anglais, espagnol et aussi allemand. C’est à la fois un livre d’art et un album pour les petits… (lien ici http://poire-guallino.eklablog.com/tous-les-chats-2e-edition-a117882306.)Mais j’aime aussi le pacifique « Petit chaperon vermillon », qui a d’abord été publié au Canada aux éditions de la Paix, et que l’on trouve désormais en France. (lien ici :http://poire-guallino.eklablog.com/le-petit-chaperon-vermillon-a125453914 )

Pour les adolescents, « Le journal de ma sœur », paru aux éditions du Seuil jeunesse, a été sans doute le plus lu, et il a même été lauréat d’un Prix littéraire, le Ruralivre, décerné par de jeunes lecteurs, ce qui m’a beaucoup touchée. (Par exemple lien icihttp://poire-guallino.eklablog.com/le-journal-de-ma-soeur-editions-du-seuil-a108329496) Je souhaite un identique parcours à « Mineurs isolés », qui va paraître dans quelques jours et se penche sur la nécessaire solidarité à l’égard des migrants qui demandent à être accueillis quelque part, sur cette planète. (Lien là : http://poire-guallino.eklablog.com/mineurs-isoles-a137387054 ) 

Pour les adultes, mes deux derniers ouvrages sont particulièrement autobiographiques. « La mammographie » évoque un non-cancer, la peur de la maladie, la terreur de la mort, tout ce temps de l’attente, avant les résultats d’une biopsie, qui se révélera finalement tout à fait rassurante. Ce livre sérieux est pourtant souvent drôle, léger, car il est construit sur un échange de mails, avec des amis de l’héroïne, qui l’aident à mettre à distance ce qu’elle est en train de vivre. (Lien par là : http://poire-guallino.eklablog.com/la-mammographie-aux-editions-carmina-a128367714 )

Mon autre roman récent, paru en 2017, c’est « Le jeu de dominos », un témoignage, plutôt. Il s’intéresse également à la question de la migration, sujet à mes yeux central dans la société d’aujourd’hui. Suite au démantèlement de Calais, on découvre comment, notamment en zone rurale, des bénévoles peuvent s’impliquer dans un CAOMI, un centre pour jeunes mineurs. Ce document vise à faire connaître le réel afin de lutter contre les fantasmes, une imagination souvent erronée, et rendre compte de la générosité des échanges entre ceux qu’on appelle les migrants et ceux qui leur ouvrent leurs bras et leur cœur. (À retrouver ici : http://poire-guallino.eklablog.com/vos-commentaires-sur-le-jeu-de-dominos-a134307188)

Pouvez-vous me décrire votre parcours?

Lectrice vorace, mon parcours est littéraire, j’ai suivi des études de lettres, jusqu’à l’université. Mais je me suis surtout formée au contact des autres auteurs. C’est en lisant que l’on devient écrivain, j’en suis convaincue. En lisant, et en écrivant. Je suis sans doute le membre le plus assidu de la bibliothèque de mon village…  

Après, pour ce qui est des publications, je suis publiée à compte d’éditeur – chez de petits comme chez de très grands éditeurs – et j’ai créé aussi ma propre maison d’édition. Selon les titres, le chemin n’est pas le même. Ce que je déconseille à tous vos lecteurs, c’est l’édition à compte d’auteur, qui vise à abuser, tromper les néophytes. Mais je pense qu’actuellement, avec Internet, tout le monde sait éviter ces pièges peu constructifs. Il suffit de bien se renseigner… 

Écrivez-vous en ce moment , pouvez-vous m’en dire quelques mots?

Moment charnière, je suis en train de terminer la relecture des épreuves de mon dernier roman, « Mineurs isolés ». (J’en annonce la sortie là : http://poire-guallino.eklablog.com/nouveau-livre-a138092482  ) C’est une étape fondamentale. Après l’écriture, la relecture, le peaufinage, les chipotis, virgules, éléments de ponctuation que je déplace, supprime, sont autant de copeaux qu’il faut nettoyer, afin de mettre au net… Ces relectures sont épuisantes, scrupuleuses, je relis parfois 120, 150 fois le même texte, jusqu’à décider qu’enfin, je suis au bout. Toute mon énergie est concentrée dans cette activité. 

Après cette étape, je suis toujours très curieuse de savoir quel sera le prochain livre qui va s’imposer, me devenir nécessaire. Je l’ignore encore. Il est rare que j’aie plusieurs livres sur le feu en même temps. Lorsqu’un roman jaillit, en quelque sorte, il occupe toute ma vie, ma tête, mon corps, je ne pense plus qu’à lui, je ne peux me disperser. Il faut donc que le dernier soit terminé avant que je puisse m’autoriser l’aventure du suivant. Je suis une femme fidèle, en somme. Même si j’aborde successivement de nouveaux thèmes… 

Depuis quand écrivez-vous?

Dès l’âge de neuf ans, j’ai écrit de manière vitale des poèmes : mon papa venait de mourir, à l’âge de 46 ans, d’un cancer généralisé. J’avais besoin de trouver un lieu où échapper au réel, un lieu où m’épancher, un lieu où être bien. Les mots m’ont sauvée.

Ensuite, à dix ans, j’ai terminé mon premier roman. Rassurez-vous, il est toujours inédit. Mais je suis contente d’avoir réussi à le mener à son terme. Beaucoup commencent un roman… Ceux qui les terminent, même si ce n’est pas d’emblée un chef d’œuvre, ont sans doute quelque chose à dire. Surtout quand on récidive, comme je l’ai fait, si souvent ! 

Puis j’ai publié mon premier recueil de poèmes à 17 ans… Depuis, je continue. Tous mes textes ne sont pas publiés, loin de là. Mais écrire est une telle nécessité que je pense que je n’arrêterai qu’à la mort. 

 

Écrivez-vous chaque jour?

 Oui, je tiens aussi un journal, monstre, des centaines de cahiers, fichiers, qui s’apparentent pour moi à un exercice semblable à celui du carnet de croquis, chez le peintre, une façon de ne pas perdre la main. Cette activité répond à une nécessité intérieure. Dès que j’ai un peu de temps, je me réjouis, et je remplis mon carnet de pattes de mouches. À la maison, c’est sur mon ordinateur, que je me défoule : merveilleux outil, qui permet en plus d’avoir accès aux dictionnaires en ligne. On peut tellement facilement retravailler son texte, changer de mots, supprimer un paragraphe, déplacer un extrait. Dans « Mineurs isolés », ce qui a longtemps constitué le début du roman n’a pas été coupé, mais se retrouve désormais vers la fin du premier quart de l’histoire. Si j’avais dû tout recopier à la main, aurais-je aussi facilement déplacé l’épisode ? C’est qu’en plus, je suis assez illisible, lorsque j’écris de façon manuscrite. Encore une vertu de l’informatique : vous pouvez me déchiffrer… Certains lecteurs, sur des salons du livre, me demandent de bien vouloir décrypter ce que je viens de déposer sur leur exemplaire tout neuf ! 

Êtes-vous auteur à plein temps ou avez-vous une autre activité?

Les auteurs à plein temps sont extrêmement rares, dans notre société, contrairement au mythe pourtant bien répandu de l’artiste qui peut se consacrer à son art, tranquillement. Mais la création me porte, tout le temps : j’ai la chance de partager une merveilleuse autre activité artistique, avec Patrick Guallino, mon mari, de peinture et sculpture, qui nous permet de vivre, bien plus que les droits d’auteur, toujours réduits, de façon assez… étonnante pour ceux qui ne connaissent pas le milieu éditorial. Je vous invite à visiter notre site ( ici : http://art.guallino.pagesperso-orange.fr/), coloré, pour découvrir notre univers joyeux et optimiste. La peinture m’aide à écrire et l’écriture m’aide à peindre. Ce sont des pans différents d’un même trésor. 

Aimez-vous lire? Si oui, qu’aimez-vous lire?

Oui, bien sûr, j’aime, j’adore lire. Je me délecte avec les mots. C’est même mon activité principale, d’autant que je lis extrêmement vite. Je dévore essentiellement des romans, des fictions, jeunesse, souvent, de la poésie, parfois du théâtre, des livres contemporains, et très peu de textes d’idées, de type essai, même si j’aime réfléchir en traversant les univers inventés par mes amis les écrivains. J’aime les auteurs français et étrangers, classiques, contemporains, sans limite. Lire me détend et me nourrit. 

Que lisez-vous en ce moment?

Je viens de me régaler avec Clémentine Beauvais et « Songe à la douceur » aux éditions Sarbacane. Ce livre m’a tellement plu que je l’ai offert, intégralement, à voix haute à Patrick. Un joli partage amoureux. Souvent je lui lis des extraits, morceaux choisis qui ont fait battre mon cœur. Là, j’ai été obligée de tout lui proposer. Impossible de résumer pareil roman… Surtout dans son style. Un livre n’est pas qu’une histoire. C’est aussi la façon dont on la raconte. J’aime me laisser emporter par une voix. Une façon différente de m’emmener quelque part… 

Quel est le livre qui vous a le plus marqué(e)?

Je suis une gourmande et ce singulier me gêne, « le livre ». Il m’en faut beaucoup ! Vraiment beaucoup. J’ai lu tout Romain Gary. Victor Hugo me bouleverse. Prévert a changé ma vie. Boris Vian. Shakespeare. Oh, je ne voudrais pas citer que des morts. J’aime la littérature vivante, les coups de cœur qui surprennent, changent notre vie. Didier Van Cauwelaert, Olivier Bourdeaut… « Matin brun » de Franck Pavloff. « Lambeaux » de Charles Juliet. « La fée carabine » de Daniel Pennac. Boris Vian. Raymond Queneau. Mes goûts sont particulièrement éclectiques. La liste est infinie. Des femmes, aussi, à la plume acérée, bouleversante : Marguerite Duras, Annie Ernaux, Mary Shelley…   

 

Quel livre auriez-vous aimé écrire?

Je sais que ce n’est pas tout à fait votre question, mais j’aimerais écrire un livre léger et drôle, et ce qui sort de moi, alors que je suis optimiste et rieuse, dans la vie, ce sont des ouvrages sur des reconstructions après des deuils, le suicide, la schizophrénie, l’exil imposé, l’anorexie… J’aurais donc aimé écrire un texte que je n’ai pas encore écrit, mais qui viendra, j’en suis sûre, c’est même pour cette raison, exactement, que je continue à écrire. 

D’ailleurs, pour revenir à votre première question : bien sûr, le prochain sera drôle, léger, loufoque, aérien… Je n’aurais pas aimé avoir écrit un livre rédigé par quelqu’un d’autre. Mais le mien, ce livre qui dort encore en moi, alors là, malgré les centaines de manuscrits qui sont déjà derrière moi, j’ai hâte de pouvoir le lire ! Bientôt, peut-être ? 

Avez-vous envie de dire quelque chose à vos lecteurs ou futurs lecteurs?

Chers lecteurs, n’hésitez pas à m’écrire (anne.poir@wanadoo.fr) , après avoir découvert mon univers. L’activité d’écrivain est extrêmement solitaire, et les retours, les messages que je reçois des uns et des autres me bouleversent toujours, même si ce n’est pas un long mail, une carte postale exceptionnelle ou une lettre détaillée… Je suis toujours heureuse, vraiment radieuse, de vous lire. Mes livres sont un peu mes enfants, et savoir que vous leur reconnaissez telle ou telle qualité fait vibrer la mère possessive que je suis.  

Anne Poiré 2

 

Anne Poiré


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