Un roman qui ne laisse pas le lecteur indemne

coeur naufrage

 

Un roman qui ne laisse pas le lecteur indemne

En ouvrant le dernier roman de Delphine Bertholon, le lecteur sait qu’il ne sortira pas indemne de cette lecture.

Le titre déjà, Cœur-Naufrage, qui est aussi le titre d’un poème écrit par Lyla pour son premier amoureux, remplit le lecteur de ce pressentiment.

Dans ce livre, il fait la connaissance de Lyla, avec un y, célibataire, solitaire. Seuls son travail de traductrice et sa meilleure amie Zoé lui permettent de s’évader un peu de son quotidien terne, de sa «  vie de petits cailloux, dans la chaussure. Une vie boiteuse. » On fait aussi la connaissance de Joris, un surfeur, devenu kinésithérapeute, qui a eu une brève histoire d’amour avec Lyla, 17 ans plus tôt, deux personnages qui se sont reconnus.

La suite du roman offre une alternance entre les voix de Lyla et de Joris, avec des flash-back.

 

Ce roman est une véritable pépite que l’on peine à quitter.

Delphine Bertholon tient le lecteur en haleine et c’est la boule au ventre qu’il progresse dans sa lecture. Dans cette histoire douloureuse, elle brosse les portraits de personnages attachants, écorchés vifs, de personnages cabossés par la vie, des personnages très vrais, qui pourraient se dissimuler dans l’entourage de chacun. Ils nous ont émue aux larmes. Nous avons été bouleversée par cette histoire, dans laquelle le passé ressurgit. Nous avons partagé la haine de Lyla pour sa mère, celle de Joris pour son père, les souffrances dont ceux-ci sont à l’origine.

L’écriture de Delphine Bertholon est pleine de sensibilité.

Un véritable coup de cœur. Lyla et Joe vont nous manquer. Un magnifique roman.

Bravo.

 

Mots-clés :

Poignant

Sensibilité

Émotion

Cicatrices

Réparation

Puissance

 

Extraits:

«  De manière générale, je suis quelqu’un qui attend. J’attends que le jour se lève, que la nuit tombe, que la terre s’ouvre en deux. J’attends qu’on me téléphone et quelquefois, je ne réponds même pas. J’attends le serveur du bistrot d’à côté, puis j’attends mon verre, puis mon second verre. J’attends les miracles, les langues exotiques, les licornes zébrées. Le nez levé au ciel quand la nuit s’évapore, j’attends l’étoile filante ou une manifestation extraterrestre. Je m’attends moi-même, régulièrement, quand ma pensée se perd et que je me retrouve debout au milieu de la cuisine, où je m’étais pourtant rendue pour une raison précise mais que j’ai oubliée en passant devant la fenêtre.

Certains jours, je m’attends des heures et ne me rejoins jamais ; je me pose un lapin, traître de moi-même.

Au fond, je dois aimer l’inertie.

Inerte et routinière, je suis parfois agitée d’un léger soubresaut – rires, larmes, vagabondage mental. Une conviction par-ci, une colère par-là, histoire de faire mine d’avoir des sentiments.

Tout ce que je voulais : ne pas penser à hier. » p.13 et 14.

 

« Elle murmure :

– »Creep », je crois que c’est ma chanson préférée de tous les temps.

Le visage de Joe s’adoucit.

-A chaque fois, dit-elle, j’ai l’impression que ça parle de moi. Moi non plus, je n’appartiens pas à ce monde. » » p.273.

 

Thom Yorke « Creep »

 

 

Entretien avec Delphine Bertholon

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Photo de  Virginie Faucher

Vous êtes l’auteur de

Mon septième roman, Coeur-Naufrage, paraît le 1er mars 2017 aux éditions JC Lattès.

Pouvez-vous me décrire votre parcours ?


Je suis née à Lyon, en 1976. Dès l’école primaire, il était clair que j’étais une fille des mots et pas une fille des chiffres… Le temps l’a confirmé : après un bac littéraire, j’ai fait hypokhâgne, khâgne, puis une maîtrise de Lettres Modernes. Après avoir envisagé d’être prof, j’ai finalement tout lâché (inconsciente jeunesse !) pour rejoindre à Paris des copains entrés en école de cinéma. A leurs côtés, j’ai commencé à apprendre, sur le “tas”, le métier de scénariste, sans jamais abandonner mon premier amour – la littérature. J’ai publié deux livres dans de petites maisons, jusqu’à Cabine Commune, en 2007, bref roman entièrement dialogué qui m’a permis d’entrer chez Lattès, que je n’ai plus quitté depuis – sauf pour une récente et joyeuse incartade en jeunesse, chez Rageot. Entre-temps, bien sûr, beaucoup de petits boulots alimentaires : pigiste, hôtesse d’accueil, standardiste, vendeuse de fringues…

Écrivez-vous en ce moment, pouvez-vous m’en dire quelques mots ?

Mon nouveau roman sort ces jours-ci : je n’écris donc pas, j’entre en “promo”, comme on dit ! Lorsqu’un livre paraît, on se promène beaucoup à la rencontre des lecteurs – ce qui est, bien entendu, fort émouvant. Pour ma part, je suis très exclusive, très fusionnelle avec mes personnages : Coeur-Naufrage est tout proche, je vais encore le porter plusieurs mois. Je ne parviens jamais à enchaîner deux romans, il me faut un “sas de décompression” avant de pouvoir commencer à travailler sur autre chose.

Depuis quand écrivez-vous ?


J’ai l’impression d’écrire depuis que je sais écrire. Même quand j’étais petite, je rédigeais des poèmes pour l’anniversaire de mes parents, des histoires pour les bibliothécaires de mon quartier ou mes copines de classe, je passais plus de temps sur les rédactions que sur l’ensemble de mes devoirs. Exprimer mes émotions dans la “vraie vie” m’est parfois difficile… Il y a eu, je crois, à la fois ce désir d’exprimer par la fiction ce que je ne savais pas transmettre autrement et un goût précoce pour les livres, la lecture, les mots. J’ai toujours beaucoup vécu dans l’imaginaire et, bizarrement, ça ne s’arrange pas du tout avec l’âge !

Écrivez-vous chaque jour ?


Non. A l’inverse de certains auteurs, je suis incapable de me forcer, c’est contre-productif. Et puis, je ne suis pas très disciplinée, comme fille ! En revanche, quand je suis plongée dans un roman, je peux écrire dix heures d’affilée, jusqu’à en oublier de manger. Mais les jours où l’inspiration n’est pas au rendez-vous, je travaille autrement : je vais au cinéma, me promener, voir une expo… Et, comme je vous le disais plus haut, je ne sais pas enchaîner : j’ai besoin de plusieurs mois vacants avant de pouvoir incarner de nouveaux personnages. Dans ces moments-là, je lis beaucoup – et c’est formidable.

Êtes-vous auteur à plein temps ou avez-vous une autre activité?

Depuis sept ou huit ans, l’écriture romanesque constitue mon activité principale, associée à des travaux ponctuels de scénariste. Je croise chaque jour les doigts pour que cette merveilleuse liberté dure, après tant d’années de galère…

Aimez-vous lire ? Si oui, qu’aimez-vous lire ?


Oui, bien sûr ! Toutes sortes de choses, avec une prédilection pour la fiction, en particulier les auteurs américains contemporains. Je crois que la plupart des auteurs sont de grands lecteurs. Il faut beaucoup aimer les mots, pour écrire… En revanche, je lis très peu de romans quand je suis en phase d’écriture, pour ne pas être – même inconsciemment – influencée par la langue de l’autre. Je lis de la poésie, des essais en rapport avec mon sujet, je fais des recherches… Pour compenser, je vais souvent au cinéma. Mais dès que le livre est terminé (ou presque), je me venge ! Et je dévore tous les romans qui m’ont fait envie et que je me refusais à ouvrir.

Que lisez-vous en ce moment ?


J’ai terminé il y a peu le dernier Valérie Tong-Cuong, Par amour, que j’ai beaucoup aimé. Et en ce moment, je lis Le temps de l’innocenced’Edith Wharton – prix Pulitzer 1921, la première femme à l’obtenir !

Quel est le livre qui vous a le plus marqué(e)?


Ils sont légion. Mais, rien à faire, je réponds toujours American Psychode Bret Easton Ellis. Ce n’est pas forcément le meilleur livre que j’ai lu de ma vie, mais c’est vraiment celui qui m’a le plus marquée. J’ai même fait mon mémoire de Maîtrise sur ce texte, en étude comparée avec Les cent vingt journées de Sodome de Sade. A la fac, ils m’avaient prise pour une cinglée !

Quel livre auriez-vous aimé écrire ?

Là aussi, il y en a beaucoup… Mais la dernière fois que j’y ai songé de manière si littérale, ce fut pour La Route, de Cormac McCarthy.
Nous avons pourtant des écritures très différentes ! Plus récemment, j’ai été très impressionnée par Esprit d’hiver de Laura Kasischke, auteur que j’ai découvert avec ce texte, et dont j’ai lu toute l’oeuvre depuis. A l’inverse, je me sens très proche d’elle.

Avez-vous envie de dire quelque chose à vos lecteurs ou futurs lecteurs ?

Que j’espère les toucher. Les embarquer dans mon univers, bien sûr, mais surtout les toucher. La transmission des émotions est toujours ce qui m’importe le plus.

 

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