Les Yeux libres d’Astrid Krivian + entretien avec l’auteure

Astrid Krivian

Les Yeux libres d’Astrid Krivian

Les Yeux libres est le premier recueil de poèmes d’Astrid Krivian, née dans l’Oise, en 1980.

Ce beau recueil sobre et élégant de présentation, la première de couverture est illustrée par Nicole Payen, nous offre 34 magnifiques poèmes. Des poèmes qui nous entraînent dans un voyage de N.Y. au Calvados, de Barcelone à Marrakech, de la Sicile à Londres…

Le thème de l’exil, qui nous est cher, est abordé dès le premier texte, A l’exilé.

« Dans ton regard, la douleur

Native de l’exil »

Dans ses poèmes, Astrid Krivian évoque les saisons, le temps qui passent que l’on voudrait figer.

« Parfois

Il faudrait ne pas faire bouger l’instant

Ne pas toucher à l’ordre des nuages

Ne pas souffler sur la flamme d’une bougie

Garder dans nos mains la naissance d’un été » (A l’exilé)

Elle aborde aussi les Amours douloureux, malheureux,

« Ton absence passe par tous les silences

Je t’ai donné trop de larmes

A moisir le bois de ton oud

A rebondir d’une corde à l’autre » (Arrachée)

l’écriture thérapie.

« Écrire pour toi

Écrire sur toi

Planter bien fort ma plume et crever tes jolis yeux

Écrire pour ne pas finir à l’asile

Les mots – ces perfusions

Jeter sa peine sur une feuille

Comme on couche un malade dans un lit » (Les mots aphones)

Des thèmes qui nous touchent, nous émeuvent.

Astrid Krivian associe joliment les mots.

Un recueil à lire, à relire, à offrir aux amoureux des mots.

Prendre son temps et savourer ces mots si bien choisis et généreusement offerts par l’auteure.

Une sublime découverte. A ne surtout pas rater.

Mots-clés :

Temps

Voyage

Douleur

Souvenir

Mémoire

Écriture

Mirage

Musique

Les yeux libres

Triomphe des cerisiers

Les branches bouclées de couleurs

Atelier des abeilles

L’air grésille

Le vent fait tinter les feuilles comme des grelots de

lumière

Rumeur d’une glycine

Respirer sa liqueur

Le chat couve son nid de pierres

Le ventre rebondi comme s’il avait gobé la lune

Roi du silence

Professeur de paresse

Haut dans le ciel

Le soleil a encore besoin de nos visages

Enfant espiègle

Il tambourine aux fenêtres, dévale la maison

Une guitare en peau de cigale

Musique frottée à l’oreille

Ma rêverie suit le balancier des peupliers

L’alphabet des nuages

Mes yeux libres

Mes yeux en récréation

Se réjouir

Des lendemains d’école et d’amitié

De cette illusion d’infini du ciel et de ma vie

Les Yeux libres

Astrid Krivian

Librairie-Galerie Racine, Paris.

15 euros

Entretien avec Astrid Krivian

Vous êtes l’auteur de…..

Les Yeux libres, mon premier recueil de poésies, qui vient d’être publié aux éditions Librairie-Galerie Racine, Paris. A partir de ma musique intérieure, j’explore les empreintes que la vie laisse en moi. Au plus près de mon expérience du sensible, j’espère que mes poèmes pourront parler aux autres, les toucher. 

Pouvez-vous me décrire votre parcours ?

L’art a toujours été au cœur de ma vie, de mes passions. J’ai fait des études de cinéma, j’ai pris des cours de chant pendant des années, j’ai écrit quelques chansons et un scénario… Puis la poésie s’est imposée à moi, à la fin de mes études. Une belle surprise ! C’est beau aussi lorsqu’un art vous choisit, que vous ne l’avez pas vraiment décidé, prévu.

Écrivez-vous en ce moment, pouvez-vous m’en dire quelques mots?

Mon recueil vient tout juste de sortir, alors il faut l’accompagner. C’est une période où ma poésie va vers les autres et ce n’est pas propice pour rentrer en écriture, se concentrer et plonger en soi. Mais le désir d’écrire un nouveau livre se profile. Quelques vers viennent, après il faut se mettre à sa table et creuser ce sillon, dérouler le fil ! J’ai envie d’écrire ce que je n’ai pas dit dans Les Yeux libres. J’ai hâte d’avoir le temps et l’énergie pour commencer, et que, encore une fois, l’inspiration s’impose à moi.

Depuis quand écrivez-vous?

J’écris de la poésie depuis 10 ans. J’ai dû apprendre le métier de poète, même si mon apprentissage ne sera jamais fini ! Développer une intuition, un instinct poétique pour sentir lorsqu’on est juste, construire son langage, son style… Forger, sculpter les mots telle une orfèvre. Il a fallu mûrir, en lisant les œuvres de poètes et écrivains, et aussi grâce au regard critique de mon éditeur qui suit mon travail depuis des années.

Écrivez-vous chaque jour?

En ce moment j’écris des articles pour la presse, ce n’est pas le même style, mais ça me rassure de maintenir un mécanisme d’écriture. J’ai besoin de créer un peu chaque jour. Sinon je me sens fragile, et coupable aussi, de laisser passer la vie et de rien donner en retour. Quand j’écrivais mon recueil, je m’y mettais tous les jours. Mais c’est important de marquer une pause, d’avoir du recul sur ses écrits. Le temps travaille aussi l’écriture ! Il y a tout un travail qui se fait en dehors de sa feuille, en souterrain. Il faut l’accepter, et ne pas s’angoisser quand l’inspiration ne vient pas, qu’on est bloqué. J’appréhende toujours avant d’écrire, car comme dit Nicolas Bouvier, c’est un combat contre sa propre indigence.

Avez-vous une autre activité?

La poésie ne me permet pas de gagner ma vie. J’ai pendant longtemps travaillé à temps partiel dans une société de cinéma, ça me laissait le temps d’écrire. Je suis journaliste culturelle depuis 3 ans, j’interviewe des artistes et c’est passionnant. A l’inverse de l’écriture de poèmes, introspective, où l’on va chercher en soi, le journalisme est un mouvement vers l’autre, vers l’extérieur. C’est un bel équilibre ! Je m’intéresse aux artistes venus d’ailleurs. Comme le voyage inspire ma poésie, la différence culturelle nourrit ma curiosité de journaliste.

Aimez-vous lire? Si oui, qu’aimez-vous lire?

J’aime lire bien sûr. Romans, poésies, biographies d’artistes, livres d’entretiens… Je suis très sensible au style de l’écrivain, l’histoire ne suffit pas pour me convaincre de lire un livre, il faut que la façon dont elle est racontée me touche, me saisisse. Je préfère lire peu mais avec passion. En tant qu’auteur, les poètes et écrivains m’aident à trouver mes mots, à m’ouvrir à d’autres horizons… Essentiel.

Que lisez-vous en ce moment?

« Petit pays » de Gaël Faye. Un bijou ! J’aime ses métaphores si originales, ses phrases à la fois concises et précises. La description d’un paysage, d’un personnage, d’une situation… on ressent et visualise tout de suite. Et peu à peu l’obscurité monte, on sent la tragédie se dessiner, briser lentement la douceur de l’enfance… Je ne l’ai pas fini mais c’est très réussi. Sinon je lis un ouvrage sur l’écriture de nouvelles, voir si je peux m’essayer à un autre genre littéraire, sans aucune garantie !

Quel est le livre qui vous a le plus marquée ?

Il n’y en a pas un en particulier, mais beaucoup d’œuvres de l’écrivain Yasmina Khadra, et aussi de l’Américaine Laura Kasischke. Une puissance dramatique et un style très poétique, qui me font ressentir le monde autrement. Les recueils des poètes Mahmoud Darwich, Claude Roy, Paul Eluard… Ils ont aidé à faire naître ma poésie, mon écriture.

Quel livre auriez-vous aimé écrire ?

Les voyages des écrivains Nicolas Bouvier et Ella Maillart, racontés dans leurs livres, me font rêver. J’aimerais voyager comme eux, dans cette durée, avoir le temps de rencontrer les gens, s’imprégner du pays, en profondeur. Et avoir, au retour, toute une banque de données, d’impressions, de sensations, de portraits, d’expériences à narrer. Mais celui que j’aimerais écrire, c’est tout simplement mon prochain. Car c’est tellement un difficile challenge…

Avez-vous envie de dire quelque chose à vos lecteurs ou futurs lecteurs?

J’aimerais que la poésie, genre peu lu en France, ne les effraie pas ! Qu’ils l’abordent comme l’écoute d’une chanson, ou la contemplation d’un tableau : un art qui joue sur les sensations, les émotions, une certaine atmosphère… Pas une approche purement intellectuelle, cérébrale. La poésie est profondément reliée à la vie, elle n’est pas un exercice de style hermétique réservé à quelques initiés. Dans beaucoup de pays elle est très populaire, elle appartient à tout le monde. Le réalisateur iranien Abbas Kiarostami disait que la poésie calme la douleur, qu’elle aide à vivre.

 

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