Chant de Printemps

Faites circuler le poème de Senghor « Chants de Printemps » (Oeuvre poétique, Seuil) à l’occasion du 19e Printemps des Poètes sur les Afriques.

 

 Chant de printemps pour une jeune fille noire au talon rose           

 

Des chants d’oiseaux montent lavés dans le ciel primitif
L’odeur verte de l’herbe monte, Avril !
J’entends le souffle de l’aurore émouvant les nuages
blancs de mes rideaux
J’entends la chanson du soleil sur mes volets mélo-
dieux
Je sens comme une haleine et le souvenir de Naëtt sur
ma nuque nue qui s’émeut
Et mon sang complice malgré moi chuchote dans mes
veines.
C’est toi mon amie – Ô ! Ecoute les souffles déjà chauds
dans l’avril d’un autre continent
Oh ! écoute quand glissent glacées d’azur les ailes des
hirondelles migratrices
Ecoute le bruissement blanc et noir des cigognes à
l’extrême de leurs voiles déployées
Ecoute le message du printemps d’un autre âge d’un
autre continent
Ecoute le message de l’Afrique lointaine et le chant de
ton sang !
J’écoute la sève d’avril qui dans tes veines chante.

(…)

Je t’ai dit ;
–   Ecoute le silence sous les colères flamboyantes
La voix de l’Afrique planant au-dessus de la rage des
canons longs
La voix de ton coeur de ton sang, écoute-la sous le
délire de ta tête de tes cris.
Est-ce sa faute si Dieu lui a demandé les prémices de
ses  moissons
Les plus beaux épis et les plus beaux corps élus patiem-
ment parmi mille peuples ?
Est-ce sa faute si Dieu fait de ses fils les verges à
châtier la superbe des nations ?
Ecoute sa voix bleue dans l’air lavé de haine, vois le
sacrificateur verser les libations au pied du tumulus.
Elle proclame le grand émoi qui fait trembler les corps
aux souffles chauds d’Avril
Elle proclame l’attente amoureuse du renouveau dans
la fièvre de ce printemps
La vie qui fait vagir deux enfants nouveau-nés au bord
d’un tombeau cave.
Elle dit ton baiser plus fort que la haine et la mort.
Je vois au fond de tes yeux troubles la lumière étale
de l’Eté
Je respire entre tes collines l’ivresse douce des mois-
sons.
Ah ! cette rosée de lumière aux ailes frémissantes de
tes narines !
Et ta bouche est comme un bourgeon qui se gonfle au
soleil
Et comme une rose couleur de vin vieux qui va s’épa-
nouir au chant de tes lèvres.
Ecoute le message, mon amie sombre au talon rose.
J’entends ton coeur d’ambre qui germe dans le silence
et le Printemps..

Paris, avril 1944

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