Café Krilo, une fable du nord

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Café Krilo, une fable du nord.

Café Krilo était un roman attendu, le deuxième de l’auteur français Baptiste Boryczka qui vit au Danemark. Son premier roman, Korzen, paru aux Editions Lemieux, en 2015, avait déjà retenu toute notre attention. Nous l’avions, en effet, sélectionné pour le prix du Café Littéraire Gourmand.

Dans ce nouveau roman, qui se déroule dans un futur assez proche, Baptiste Boryczka dépeint une société rétrograde, où la liberté d’expression, le droit à la différence…n’existent pas, un monde où pour satisfaire ses ambitions, on peut mettre en péril tout ce en quoi l’on croyait.

Le Danemark est devenu une dictature. C’est un pays qui n’attire plus les étrangers, mais au contraire, bon nombre de ses habitants ont l’idée de prendre la fuite ou l’ont déjà fait.

A Copenhague, trois amis, John, Lotte et Mark résistent, à leur manière, pour faire vivre leurs idéaux. De nombreux habitants y ont renoncé.

John, le littéraire du groupe, est enseignant à l’université.

Lotte, en plus de la comptabilité et de l’administratif, fait de la mécanique dans une petite entreprise qu’elle gère avec Thor, un autre personnage clef du roman. Elle se bat contre le pouvoir de l’église, pour les droits des femmes et des homosexuels.

Enfin, Mark, secrètement amoureux de Lotte, a fait de la politique, de l’économie et de la sociologie, ses sujets d’action et de conversation favoris.

Leur forte amitié les pousse à acquérir et à s’installer dans le quartier « rouge » de Vesterbro, dans l’immeuble en très mauvais état du Café Krilo, le bar où John et Mark se sont rencontrés à l’adolescence. Un de leurs objectifs est la réouverture de ce café. Autrefois

« Le Krilo était un drôle d’endroit. La semaine, il abritait le quartier général du syndicat pour lequel le père de Mark avait donné sa vie. Le week-end, une association de jeunes révoltés le transformait en espace de débat, de danse et de biture. » p.34.

Cette fable nous a beaucoup plu.

Les trois personnages principaux, John, Lotte et Mark sont de beaux personnages très attachants. Ils se battent pour leurs idéaux malgré le danger. Une amitié à toute épreuve et une admirable solidarité les lient. Dans ce monde, qui n’a rien d’enviable, ils se serrent les coudes. Dès le début, le lecteur est très curieux de savoir s’ils seront plus forts que l’hostilité qui les entoure.

Un roman à l’écriture fluide qui se lit facilement. Une fable qui, souvent, amène le lecteur à s’arrêter, à réfléchir à notre société actuelle et à venir. Qui souhaiterait connaître une telle société?

Café Krilo fait parfois froid dans le dos!

Un roman pour ceux qui ont envie de se poser des questions.

A lire absolument.

 

Nous attendons le troisième roman de Baptiste Boryczka avec impatience.

 

Mots-clefs:

-fable

-idéaux

-amitié

-système D

 

Extrait:

« Dans quelques jours, le Café Krilo rouvrirait ses portes. Il n’accueillerait les rebelles du quartier que les jeudis, vendredis et samedis soirs dans un premier temps. Quand il générerait assez de revenus, John et Mark avaient prévu de démissionner pour s’y consacrer pleinement. Ils y avaient tout reconstruit à l’identique. Seules les affiches politiques manquaient. Elles n’étaient cependant pas nécessaires pour provoquer les autorités. Le simple fait de réanimer ce lieu mythique en gardant son nom de naissance aurait l’effet escompté. A l’inverse de la plupart des bars de la ville, ils avaient tout fait dans les règles. Ce ne serait pas un bar clandestin. Lotte leur avait cruellement manqué, mais ils avaient néanmoins réussi à se dépatouiller avec la bureaucratie danoise pour obtenir les autorisations nécessaires. Tous leurs amis, ceux de Lotte inclus, avaient été invités pour une inauguration en grande pompe. John comptait les jours, il n’en manquait plus que cinq. » p. 116.

 

Ce qu’en dit l’éditeur:

Et si notre plus grande menace n’était pas les attentats terroristes, ni les réfugiés de guerre, mais notre réaction à ces phénomènes ? Manque d’audace, de rêve ­commun, de liberté ­d’esprit…
Au cœur de Vesterbro, le quartier « rouge » de Copenhague, le Café Krilo a été l’un des derniers fiefs de la ­contestation et de la ­contre-­culture. Il a fini par céder devant les assauts du régime. Sur ses ruines, dans l’ombre de ­l’église du quartier, trois personnages au destin mutilé peinent mais se battent pour trouver un sens à leur vie dans une société de plus en plus rétrograde. Il y a donc bien quelque chose de pourri dans ce doux royaume du Nord, reflet des autres pays de notre vieille Europe au XXIe siècle.
Les trois amis, à ­l’image de leurs ­concitoyens, font face à des situations délicates et des injustices. Au péril de leur vie, ils hésitent en permanence à baisser la tête pour survivre, fuir pour vivre et ­contester pour faire revivre l’espace de liberté scandinave.
Avec élégance, humour et légèreté, Baptiste Boryczka raconte dans cette nouvelle fable nordique les dilemmes forts de nos vies modernes, et sait toucher du doigt nos désirs ­d’utopie.

Genre : roman
Parution le 13 février 2017
168 pages, 16 €

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Entretien avec Baptiste Boryczka

Vous êtes l’auteur de…..

Korzen (août 2015) – Roman www.lemieux-editeur.fr/Korzen.html

Café Krilo (février 2017) – Roman www.lemieux-editeur.fr/Cafe-Krilo.html

Pouvez-vous me décrire votre parcours?

Descendant d’immigrés polonais et flamands, j’ai grandi heureux en grande banlieue parisienne, sur la face nord de l’édifice. À école, j’étais plutôt bon élève et surtout un matheux pure souche qui n’avait aucun intérêt pour la littérature. Hormis quelques essais politiques et des récits historiques qui m’ont passionné, la littérature se résumait pour moi aux classiques qu’on me forçait à lire à l’école. J’étais alors bien plus sensible à la musique et préférais m’exprimer sur scène, entouré de guitares saturées.

J’ai ensuite commencé dans la vie active comme réalisateur radio. J’ai rencontré beaucoup d’auteurs qui m’ont refilé le virus sans que je m’en rende vraiment compte. J’ai commencé à lire.

Après quelques années sur les ondes, ma femme et moi avons tout plaqué pour Copenhague. Nous y vivons à présent la dolce vita nordique depuis quatorze ans. C’est d’abord le déracinement et la découverte de la société danoise qui m’ont poussé à écrire Korzen.

Écrivez-vous en ce moment, pouvez-vous m’en dire quelques mots?

Je fignole un roman que j’avais écrit entre Korzen et Café Krilo. Je n’ai pas encore réussi à lui trouver un titre, mais il retrace les parcours parallèles de deux hommes que tout oppose. J’y parle du mensonge, de la complaisance et du voyage. Tout un programme.

Parallèlement, j’écris une autofiction suivant l’évolution d’un groupe de punk de banlieue dans les années quatre-vingt-dix.

Depuis quand écrivez-vous ?

J’ai commencé à écrire des romans il y a cinq ans environs. J’ai aussi écrit quelques textes de chanson à l’adolescence.

Écrivez-vous chaque jour?

Je n’écris que l’hiver quand la nuit danoise plombe mon quotidien et allonge mes soirées. L’été, je travaille dans mon jardin ouvrier ou je lis des romans allongé sur la pelouse (enfin, c’est pour l’image, car en réalité la pelouse ça gratte affreusement).

En période d’écriture, j’écris trois à quatre soirées par semaine. J’ai besoin de respirer entre les séances d’écriture pour que les idées viennent, puis décantent tranquillement.

Êtes-vous auteur à plein temps ou avez-vous une autre activité?

L’écriture ne me permet pas du tout de vivre pour le moment. Je suis chef de projet informatique dans une grande entreprise américaine établie près de Copenhague.

Aimez-vous lire? Si oui, qu’aimez-vous lire?

Oui, j’aime lire ! Des romans et des bandes-dessinées principalement. Le voyage, le déracinement et les récits historiques sont mes thèmes de lecture favoris.

Que lisez-vous en ce moment?

« La chute » de Camus. À cause de mon passé de matheux allergique aux bouquins, j’ai pas mal de retard dans les classiques.

Quel est le livre qui vous a le plus marqué?

J’ai été hypnotisé par « L’insoutenable légèreté de l’être » de Kundera. Avec les récits de Paul Auster, je pense que c’est le livre qui m’a fait sauter le pas et pousser à écrire Korzen.

Quel livre auriez-vous aimé écrire ?

« Sur la route » de Jack Kerouac. En plus du thème et de l’époque, son écriture impulsive me fascine.

Avez-vous envie de dire quelque chose à vos lecteurs ou futurs lecteurs?

Qu’ils n’hésitent pas à me faire partager leurs impressions de lecture et surtout qu’ils continuent à lire les « petits auteurs » !

 

 

 

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