Entretien avec Delphine Bertholon

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Photo de  Virginie Faucher

Vous êtes l’auteur de

Mon septième roman, Coeur-Naufrage, paraît le 1er mars 2017 aux éditions JC Lattès.

Pouvez-vous me décrire votre parcours ?


Je suis née à Lyon, en 1976. Dès l’école primaire, il était clair que j’étais une fille des mots et pas une fille des chiffres… Le temps l’a confirmé : après un bac littéraire, j’ai fait hypokhâgne, khâgne, puis une maîtrise de Lettres Modernes. Après avoir envisagé d’être prof, j’ai finalement tout lâché (inconsciente jeunesse !) pour rejoindre à Paris des copains entrés en école de cinéma. A leurs côtés, j’ai commencé à apprendre, sur le “tas”, le métier de scénariste, sans jamais abandonner mon premier amour – la littérature. J’ai publié deux livres dans de petites maisons, jusqu’à Cabine Commune, en 2007, bref roman entièrement dialogué qui m’a permis d’entrer chez Lattès, que je n’ai plus quitté depuis – sauf pour une récente et joyeuse incartade en jeunesse, chez Rageot. Entre-temps, bien sûr, beaucoup de petits boulots alimentaires : pigiste, hôtesse d’accueil, standardiste, vendeuse de fringues…

Écrivez-vous en ce moment, pouvez-vous m’en dire quelques mots ?

Mon nouveau roman sort ces jours-ci : je n’écris donc pas, j’entre en “promo”, comme on dit ! Lorsqu’un livre paraît, on se promène beaucoup à la rencontre des lecteurs – ce qui est, bien entendu, fort émouvant. Pour ma part, je suis très exclusive, très fusionnelle avec mes personnages : Coeur-Naufrage est tout proche, je vais encore le porter plusieurs mois. Je ne parviens jamais à enchaîner deux romans, il me faut un “sas de décompression” avant de pouvoir commencer à travailler sur autre chose.

Depuis quand écrivez-vous ?


J’ai l’impression d’écrire depuis que je sais écrire. Même quand j’étais petite, je rédigeais des poèmes pour l’anniversaire de mes parents, des histoires pour les bibliothécaires de mon quartier ou mes copines de classe, je passais plus de temps sur les rédactions que sur l’ensemble de mes devoirs. Exprimer mes émotions dans la “vraie vie” m’est parfois difficile… Il y a eu, je crois, à la fois ce désir d’exprimer par la fiction ce que je ne savais pas transmettre autrement et un goût précoce pour les livres, la lecture, les mots. J’ai toujours beaucoup vécu dans l’imaginaire et, bizarrement, ça ne s’arrange pas du tout avec l’âge !

Écrivez-vous chaque jour ?


Non. A l’inverse de certains auteurs, je suis incapable de me forcer, c’est contre-productif. Et puis, je ne suis pas très disciplinée, comme fille ! En revanche, quand je suis plongée dans un roman, je peux écrire dix heures d’affilée, jusqu’à en oublier de manger. Mais les jours où l’inspiration n’est pas au rendez-vous, je travaille autrement : je vais au cinéma, me promener, voir une expo… Et, comme je vous le disais plus haut, je ne sais pas enchaîner : j’ai besoin de plusieurs mois vacants avant de pouvoir incarner de nouveaux personnages. Dans ces moments-là, je lis beaucoup – et c’est formidable.

Êtes-vous auteur à plein temps ou avez-vous une autre activité?

Depuis sept ou huit ans, l’écriture romanesque constitue mon activité principale, associée à des travaux ponctuels de scénariste. Je croise chaque jour les doigts pour que cette merveilleuse liberté dure, après tant d’années de galère…

Aimez-vous lire ? Si oui, qu’aimez-vous lire ?


Oui, bien sûr ! Toutes sortes de choses, avec une prédilection pour la fiction, en particulier les auteurs américains contemporains. Je crois que la plupart des auteurs sont de grands lecteurs. Il faut beaucoup aimer les mots, pour écrire… En revanche, je lis très peu de romans quand je suis en phase d’écriture, pour ne pas être – même inconsciemment – influencée par la langue de l’autre. Je lis de la poésie, des essais en rapport avec mon sujet, je fais des recherches… Pour compenser, je vais souvent au cinéma. Mais dès que le livre est terminé (ou presque), je me venge ! Et je dévore tous les romans qui m’ont fait envie et que je me refusais à ouvrir.

Que lisez-vous en ce moment ?


J’ai terminé il y a peu le dernier Valérie Tong-Cuong, Par amour, que j’ai beaucoup aimé. Et en ce moment, je lis Le temps de l’innocence d’Edith Wharton – prix Pulitzer 1921, la première femme à l’obtenir !

Quel est le livre qui vous a le plus marqué(e)?


Ils sont légion. Mais, rien à faire, je réponds toujours American Psycho de Bret Easton Ellis. Ce n’est pas forcément le meilleur livre que j’ai lu de ma vie, mais c’est vraiment celui qui m’a le plus marquée. J’ai même fait mon mémoire de Maîtrise sur ce texte, en étude comparée avec Les cent vingt journées de Sodome de Sade. A la fac, ils m’avaient prise pour une cinglée !

Quel livre auriez-vous aimé écrire ?

Là aussi, il y en a beaucoup… Mais la dernière fois que j’y ai songé de manière si littérale, ce fut pour La Route, de Cormac McCarthy.
Nous avons pourtant des écritures très différentes ! Plus récemment, j’ai été très impressionnée par Esprit d’hiver de Laura Kasischke, auteur que j’ai découvert avec ce texte, et dont j’ai lu toute l’oeuvre depuis. A l’inverse, je me sens très proche d’elle.

Avez-vous envie de dire quelque chose à vos lecteurs ou futurs lecteurs ?

Que j’espère les toucher. Les embarquer dans mon univers, bien sûr, mais surtout les toucher. La transmission des émotions est toujours ce qui m’importe le plus.

 

4 èmes de couverture

Les Corps inutiles

« Elle avait décidé d’aller à la fête. Ne savait pas où aller, en fait. Elle avait pleuré tout son saoul sur le bord du trottoir, pleuré et pleuré encore, puis les larmes s’étaient taries, séchées par le vent. Le ciel passait de bleu à noir, il était vingt heures trente (pile, comme un signe) sur la Casio vintage.
Elle avait quinze ans depuis quelques jours.
Elle avait mille ans depuis quelques minutes. »
Clémence doit fêter la fin du collège avec ses amis. Le sort en décide autrement. Mauvaise rencontre. Quinze ans plus tard, la jeune femme, solitaire et sauvage, travaille à la Clinique, une usine qui fabrique des poupées grandeur nature pour les hommes esseulés. Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les Corps inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

Ma vie en noir et blanc (Rageot Romans 11-13)

Ana, 14 ans, écrit son futur roman pendant les cours et adore les films des années cinquante. Normal, ils sont en noir et blanc ! Achromate de naissance, elle ne distingue pas les couleurs et rêve donc sa vie en gris, en noir et en blanc. En quête de son père, inconnu, elle file à Paris avec Kylian, son ami black, afin de rencontrer un célèbre photographe fasciné par le N&B. Qui sait, peut-être pourra-t-elle comprendre pourquoi la vie l’a affublée de cet étrange gène ?

Twist

 » Maman me l’avait assez répété, de ne pas parler aux inconnus, de faire attention avec tous ces détraqués qui courent dans la nature mais là, pas une seconde ça ne m’avait traversé l’esprit. Je m’appelle Madison Etchart, ceci est un SOS. » Madison, 11 ans, est enlevée au retour de l’école. Séquestrée par un mystérieux inconnu, elle recompose son monde au fil de ses cahiers. Deux voix lui font écho, celle d’une mère brisée mais qui espère toujours, et celle de Stanislas, l’étudiant qui donnait des cours de tennis à la fillette, et dont elle reste secrètement amoureuse… Un roman fascinant sur l’enfance, l’attente, l’enfermement – et toutes ces stratégies que nous inventons pour nous libérer, chacun à notre façon.

Le Soleil à mes pieds

Il y a la petite, 22 ans, fragile et ravissante, qui se protège du monde dans le cocon de sa chambre de bonne. La grande, 24 ans, s’agite dans la ville. Nymphomane, tyrannique et machiavélique, elle tient sa cadette sous emprise et se nourrit de la dépendance affective qu’elle lui impose. Liées par un terrible passé, les deux sœurs se démènent pour tenter d’exister, chacune à sa façon. Si le sort semblait avoir scellé leur destin, les rencontres parfois peuvent rebattre les cartes… Le Soleil à mes pieds est avant tout l’histoire d’une résurrection.

Grâce

Dès que je passai le seuil de la maison, je sus que quelque chose n’allait pas. 1981. Dans la campagne beaujolaise, Grâce Marie Bataille, 33 ans, vit avec ses enfants au rythme des allées et venues de son mari, représentant de commerce. Quand elle engage une jeune fille au pair polonaise, cette existence bien rangée vole en éclats. 2010. Nathan, son fils, vient la retrouver pour fêter Noël en famille. Mais cette année, tout est différent. Tandis que d’étranges incidents surviennent dans la maison, des secrets du passé menacent de ressurgir… Delphine Bertholon construit son univers en croisant ceux de Claude Chabrol et de Stephen King. À cette province étouffante, magistralement décrite, se superpose une atmosphère de film d’épouvante. […] Un roman envoûtant, au suspense implacable. Une réussite ! François Busnel, L’Express.

Cabine commune

  • Cette jupette, vous ne la feriez pas chez les enfants ? En 6 ans ?
    – Je ne pense pas, madame. L’imprimé léopard, c’est un peu sexy pour une petite fille, non… ?
    – Quel dommage ! J’adore quand on joue aux jumelles !
    – S’il vous plaît : ce cardigan, il existe en quelles couleurs ?
    – Noir, blanc, rose pâle, rose indien, rose fuchsia, bleu marine, bleu ciel… Brique… Marron… Beige… Vert d’eau, vert sapin… Enfin, ils sont tous là, vous voyez.
    – Hum. Pas de bordeaux ?
    – …
    – Tu crois qu’elles sont comme ça parce qu’elles sont riches, ou qu’elles sont riches parce qu’elles sont comme ça… ?

    La vie édifiante d’une boutique de vêtements, dans un roman-concept entièrement dialogué qui dessine en creux un portrait délirant de la société de consommation. Le ballet des clientes, tour à tour inquiètes, infernales, complexées, exhibitionnistes, tendres ou fatiguées, restitue l’atmosphère d’un lieu hystérique qui épingle l’air du temps mieux que n’importe quel autre… à travers le rideau de la cabine d’essayage !
    Un concentré savoureux de toutes nos névroses incarnées par une galerie de personnages dans laquelle chacun fera semblant de ne pas se reconnaître…

L’effet Larsen

Depuis plus d’une décennie, Nola vit avec une zone d’ombre au sein de son histoire. Mais voilà : on ne peut pas fuir éternellement… Elle décide alors, l’année de ses trente ans, d’enfin trucider son fantôme. Elle rembobine, jusqu’à cet été-là, l’été le plus marquant de son existence. 
Août 1998. Il fait 37 degrés, Paris est vide, les Bleus sont champions du monde. Nola a dix-huit ans et vient de perdre son père, Jacques. Sauvée de la solitude par un job d’été dans un bistrot où les hurluberlus imbibés se succèdent plus vite que les petits ballons de rouge, la jeune fille gère avec les moyens du bord le chagrin de Mira, sa mère, et sa propre colère. Contraintes d’emménager dans l’« immeuble-mutant », reflet architectural de leurs vies décrochées, les deux femmes espèrent se reconstruire. Mais, à peine un pied posé dans le nouvel appartement, Mira présente d’étranges symptômes. Le bruit du monde lui devient intolérable : un papier froissé sonne comme une explosion, un robinet qui goutte suffit à la faire disjoncter. Nola assiste, impuissante, à la lente descente aux enfers de sa mère,et s’interroge sur ce que tout cela signifie. L’hyperacousie est-elle le simple contrecoup de la mort de Jacques, ou la matérialisation de quelque chose d’autre ? Cet abominable immeuble serait-il une sorte de catalyseur ? Peut-être, mais de quoi ? Et surtout, comment soulager Mira de ce poids infini, qui semble se situer bien au-delà du deuil ? Commence alors pour la jeune Nola une (en)quête insolite au cœur de la mémoire familiale.

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