Léonard Cohen, poète

Hommage à Léonard Cohen.

Poèmes traduits en français par Jean Guiloineau.

Bienvenue dans ces vers

Bienvenue dans ces vers
Il y a la guerre
mais je vais essayer que tu sois à l’aise
Ne suis pas ma conversation
ce n’est que de la nervosité
Ne t’ai-je pas fait l’amour
quand nous étions étudiants dans l’Est
Oui la maison est différente
le village sera bientôt pris
J’ai enlevé tout ce qui
pouvait soulager l’ennemi
Nous sommes seuls
jusqu’à ce que les temps changent
et que ceux qui ont été trahis
reviennent comme des pèlerins
quand nous n’avons pas cédé
quand nous avons fermement refusé
d’appeler poésie l’obscurité

J’essaie de rester en contact

J’essaie de rester en contact où que je sois
Je ne dis pas je t’aime
Je ne dis pas que j’ai réussi
Le soleil apparaît dans la lucarne
Mon travail m’appelle
aussi doux que le bruit du ruisseau
près de la cabane dans le Tennessee
J’écoute à mon bureau
et je suis disposé à pardonner
à ceux qui ont voulu nous écraser
avec leurs merveilleux systèmes
Ta beauté est partout
que nous avons distillé ensemble
dans les temps difficiles

Tu ne me sentiras jamais vouloir te diriger
Je fuis à jamais ton hommage
Je ne pense pas à te mettre des fers
Je n’ai rien dans l’esprit pour toi
Je n’ai pas de prières où t’enfermer
Je vis pour toi

Jours de bienveillance

La Grèce est un bon endroit
pour regarder la lune
On peut lire au clair de lune
On peut lire sur la terrasse
On peut voir un visage
comme on le voyait quand il était jeune
Alors il y avait une bonne lumière
des lampes à huile et des bougies
et ces petites flammes
qui flottent sur un bouchon
dans l’huile d’olive
Ce que j’aimais dans mon ancienne vie
je ne l’ai pas oublié
Cela vit dans mes fibres
Marianne et l’enfant
Les jours de bienveillance
Cela se dresse dans mes fibres
et se manifeste comme des larmes
Je prie pour qu’un souvenir d’amour
existe aussi pour eux
qui me sont précieux et que j’ai ruinés
pour une éducation dans le monde

Hydra, 1985

J’aimerais lire

J’aimerais lire
un des poèmes
qui m’a amené à la poésie
Je ne me souviens d’aucun vers
ni où le chercher

La même chose
s’est passée avec l’argent
les filles et les longues soirées de parlote

Où sont les poèmes
qui m’ont détourné
de tout ce que j’aimais

pour rester ici
nu en espérant te trouver

Chaque caillou

Chaque caillou rêve de lui-même
Chaque feuille a un projet
Le soleil a le désir
de voyager sur un rayon
Vaincu je ne peux offrir
mon cœur à la paix sainte
parce que je rêve de chaînes
et je rêve de liberté

J’ai dit cela au prisonnier
qui a tué celui que je hais
J’ai dit cela au mineur qui
a extrait mon assiette d’or
Ainsi je vis en enfer
car je rêve que l’enfer est
la distance que j’ose mettre
entre ma main et la sienne

J’ai rêvé de mon corps cette nuit
J’ai rêvé de l’univers
J’ai rêvé j’ai rêvé un millier d’années
afin de répéter
les sept jours des merveilles
quand, tiré de la brume
j’étais vêtu de nudité
et souffrais d’exister

J’ai rêvé qu’on me donnait une chanson
comme seule preuve
que ma vraie demeure avec toi
n’a ni poutres ni chevrons
ni fenêtres pour voir au-dehors
ni miroirs pour voir au-dedans
ni chansons pour en sortir
ni mort pour commencer

O mon enfant voici ton rêve humain
voici ton sommeil humain
et ne désire pas tant grimper
loin de ce qui est sain et profond
J’aime le rêve que tu as commencé
sous l’arbre toujours vert
J’aime le caillou et le soleil
et tout ce qui se trouve entre eux

Et pour cette conversation
dans la première lumière de l’aube
J’offre ces jours mesquins
qui s’effilochent sous tes yeux
Et je ne sais combien de jours
passeront avant ma délivrance
et ce qui restera de cette chanson
que tu as mise sur la langue de ta créature

Montréal, 1978

La route de Larissa

J’étais perdu
et je t’ai rencontrée sur la route
de Larissa
la route droite entre les cèdres

Tu pensais
que j’étais un fou des routes
et tu m’as aimé pour cela
je n’étais pas cet homme-là

J’étais perdu et
je t’ai rencontrée sur la route
de Larissa

leonardcohen

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