Petit pays de Gaël Faye

 

Prix du roman Fnac, Goncourt des lycéens 2016 et Prix du premier roman.

Des prix bien mérités. Une belle écriture fluide, une histoire très touchante, un roman

auquel on aura envie de revenir.

 

Petit pays de Gaël Faye

Lieu : Le Burundi, en Afrique centrale

Époque : 1992/1993

Livre paru en août 2016

 

Gaël Faye est né en 1982 au  Burundi, d’une mère rwandaise et d’un père français.

En 1995, après le déclenchement de la guerre civile et le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, il arrive en France.

Il passe son adolescence dans les Yvelines, découvre le rap.

Il étudie dans une école de commerce, obtient un master de finances et travaille à Londres durant deux ans, puis il quitte la City pour se lancer dans l’écriture et la musique.

 

Mon avis :

Les élections présidentielles apportent l’espoir d’une démocratie au Burundi en 1993 et pourtant, ce pays va se déchirer, connaître la haine, la violence, l’impensable.

Gaby, un jeune garçon, fils d’un français et d’une rwandaise exilée, vit sa vie d’enfant heureux, entouré de ses amis, dans un quartier, l’impasse, qu’il connaît par cœur, qu’il aime. Au début, il refuse de voir la réalité, préfère ne pas savoir, ne pas choisir de camp, mais il va rapidement perdre son regard d’enfant et devoir laisser derrière lui tout ce à quoi il tenait vraiment. En parallèle à la guerre civile burundaise, le couple formé par ses parents va se disloquer. Avec son innocence, Gaby perd tout et ne se remettra jamais d’un exil forcé.
Un magnifique
premier roman,qui restera, une réelle pépite, une belle écriture poétique. Il suffit de regarder la photo du livre après ma lecture. Je mets des signets sur les passages que j’aimerais lire au Café Littéraire, ou relire par la suite, Petit pays en contient un nombre considérable.

A lire absolument.

Présentation de l’éditeur :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

 

J’ai découvert Gaël Faye par son C.D. Pili-Pili sur un Croissant au Beurre, qui contient de très beaux textes.

Petit Pays

Gahugu gatoyi
Gahugu kaniniya
Warapfunywe ntiwapfuye
Waragowe ntiwagoka
Gahugu gatoyi
Gahugu kaniniya

Une feuille et un stylo apaisent mes délires d’insomniaque
Loin dans mon exil, petit pays d’Afrique des Grands Lacs
Remémorer ma vie naguère avant la guerre
Trimant pour me rappeler mes sensations sans rapatriement
Petit pays je t’envoie cette carte postale
Ma rose, mon pétale, mon cristal, ma terre natale
Ça fait longtemps les jardins de bougainvilliers
Souvenirs renfermés dans la poussière d’un bouquin plié
Sous le soleil, les toits de tôles scintillent
Les paysans défrichent la terre en mettant l’feu sur des brindilles
Voyez mon existence avait bien commencé
J’aimerais recommencer depuis l’début, mais tu sais comment c’est
Et nous voilà perdus dans les rues de Saint-Denis


Avant qu’on soit séniles on ira vivre à Gisenyi 
On fera trembler le sol comme les grondements de nos volcans 
Alors petit pays, loin de la guerre on s’envole quand ? 

Gahugu gatoyi 
Gahugu kaniniya 
Warapfunywe ntiwapfuye 
Waragowe ntiwagoka 
Gahugu gatoyi 
Gahugu kaniniya 

Petit bout d’Afrique perché en altitude 
Je doute de mes amours, tu resteras ma certitude 
Réputation recouverte d’un linceul 
Petit pays, pendant trois mois, tout l’monde t’a laissé seul 
J’avoue j’ai plaidé coupable de vous haïr 
Quand tous les projecteurs étaient tournés vers le Zaïre 
Il fallait reconstruire mon p’tit pays sur des ossements 
Des fosses communes et puis nos cauchemars incessants 
Petit pays : te faire sourire sera ma rédemption 
Je t’offrirai ma vie, à commencer par cette chanson 
L’écriture m’a soigné quand je partais en vrille 
Seulement laisse-moi pleurer quand arrivera ce maudit mois d’avril 
Tu m’as appris le pardon pour que je fasse peau neuve 
Petit pays dans l’ombre le diable continue ses manœuvres 
Tu veux vivre malgré les cauchemars qui te hantent 
Je suis semence d’exil d’un résidu d’étoile filante 

Gahugu gatoyi 
Gahugu kaniniya 
Warapfunywe ntiwapfuye 
Waragowe ntiwagoka 
Gahugu gatoyi 
Gahugu kaniniya 

Un soir d’amertume, entre le suicide et le meurtre 
J’ai gribouillé ces quelques phrases de la pointe neutre de mon feutre 
J’ai passé l’âge des pamphlets quand on s’encanaille 
J’connais qu’l’amour et la crainte que celui-ci s’en aille 
J’ai rêvé trop longtemps d’silence et d’aurore boréale 
À force d’être trop sage j’me suis pendu avec mon auréole 
J’ai gribouillé des textes pour m’expliquer mes peines 
Bujumbura, t’es ma luciole dans mon errance européenne 
Je suis né y’a longtemps un mois d’août 
Et depuis dans ma tête c’est tous les jours la saison des doutes 
Je me navre et je cherche un havre de paix 
Quand l’Afrique se transforme en cadavre 
Les époques ça meurt comme les amours 
Man j’ai plus de sommeil et je veille comme un zamu 
Laissez-moi vivre, parole de misanthrope 
Citez m’en un seul de rêve qui soit allé jusqu’au bout du sien propre 

[x3] 
Gahugu gatoyi 
Gahugu kaniniya 
Warapfunywe ntiwapfuye 
Waragowe ntiwagoka 
Gahugu gatoyi 
Gahugu kaniniya 

Petit pays 
Quand tu pleures, je pleure 
Quand tu ris, je ris 
Quand tu meurs, je meurs 
Quand tu vis, je vis 
Petit pays, je saigne de tes blessures 
Petit pays, je t’aime, ça j’en suis sûr.

 

Pour écouter et voir:

A-France.

Mon arrivée en France, y’a bien longtemps
Depuis que j’crois plus en l’ONU, depuis que j’crois plus en l’OTAN

Maintenant j’ai vingt ans et quelques poussières
Et j’repense à l’Afrique où nous étions encore hier
On a grandi là-bas au bord du lac Tanganyika
Et moi je supporte ici, tant que là-bas y’aura mes gars
Eh J-NO, Mucyo, Iris, Fabrice et les autres
Des potes comme vous j’vous assure j’en ai pas retrouvé d’autres
Et puis y’a eu Paris, maintenant j’l’appelle « Panam »
La pollution, les épiciers berbères et leurs mauvaises bananes
Ici c’est grecs, mac do, la pluie, le froid, les flaques d’eau
Métro boulot dodo,
 la place Vendôme et les clodos
Mais j’m’habitue, j’aime mes baskets et mon bitume
Et comme j’veux faire fortune, au mois d’août j’me fais des thunes
J’suis solitaire et des fois je sors la plume
J’suis pas rappeur, juste un virevolteur de mots pleins d’amertume

[Refrain]
A FRANCE est l’asile, l’absence et l’exil
Souffrance mais par pudeur faut pas que je l’exhibe
Je vis loin des mes rêves, de mes espoirs, de mes espérances
C’est ça qui me tue d’être écartelé entre Afrique et France

[Couplet 2]
Mon père chasse le croco, ma mère met du lait d’coco
Ici je suis franco-rwandais j’vais pas vous faire un topo
J’ai quitté le pays et sa situation sinistre
J’m’étais promis, ben qu’un jour je deviendrai ministre
Mais j’ai grandi, j’ai pas d’plan pour le Burundi
J’continue d’espérer, les frères c’est pas ce qu’on avait dit ?
J’ai revu Buja, elle a plus le même visage
C’est devenu une ville sage et tous les jeunes veulent un visa
Des fois j’me demande si j’ai un devoir envers l’Afrique
J’pourrais fermer les yeux, une femme des gosses et garder mon fric
Problème existentiel de nos délires névrotiques
De ma vision romantique, j’veux faire naître un nouveau type
Car j’fais partie de cette diaspora de cette jeunesse
Qui a quitté le pays pour faire recette
Mais j’men rends compte, qu’on est trop con
Qu’on gâche nos vies et que l’Europe devient notre cocon

[Refrain]

[Couplet 3]
Tu te rappelles nos grands-pères aimaient leur terre et leur bétail
Et nous les fils on se perd dans les guerres et les batailles
Ma mémoire se paralyse, et ma peine se cautérise
Des machettes qu’on aiguise, de tous nos morts dans nos églises
J’oublie pas que l’exil c’est comme une porte d’exit
Je crie mes origines car c’est comme ça que j’existe
Trop de larmes ont coulé, beaucoup de textes j’ai gribouillé
Maintenant je regarde le soleil sur le lac d’une plage de Kibuye
Petite sœur tu prends la ligne pour les milles collines
Embrasses bien les cousins, embrasses bien les cousines
Et puis embrasses aussi la grand-mère à Butare
Dis lui que chaque année que je passe loin d’elle me rend plus taré
Et si tu prends le bus Vénus pour Bujumbura
Fais gaffe à toi, aux embuscades à Bugarama
Embrasse papa qui est resté au pays
Dis lui qu’en France je ne grandis plus, dis lui que je vieillis

[Refrain]

Petit pays.jpg

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