Première lecture à l’aveugle

Livre lu à l’aveugle, c’est à dire sans savoir qui en est l’auteur, quel en est le titre et sans avoir lu la quatrième de couverture.

Dans ce roman, le lecteur apprend très vite que la narratrice se nomme Laurence, qu’elle est écrivain, qu’elle a déjà écrit deux romans évoquant le milieu carcéral.

Laurence s’adresse à son père, elle lui pose des questions, elle veut comprendre. Pourquoi, alors qu’il était un des directeurs de l’ex Compagnie Générale des Eaux, a-t-il été condamné pour corruption?

« est-ce mon père qui nous a trahis, ou lui qui a été trahi? »se demande-t-elle.

En 2000, tout ce en quoi elle croyait, les valeurs transmises par sa famille, s’effondrent. Sa mère, atteinte d’une maladie incurable, meurt, et son père est condamné.

« …mon monde a vacillé. Ma terre a tremblé. Soudain tous les repères s’inversaient, ou, plutôt, volaient en éclats: il n’y en avait plus. Je ne savais plus rien. J’étais dans un état de sidération: ce en quoi j’avais jusque-là toujours cru s’effondrait. »

La narratrice éprouve le besoin, dix ans plus tard, d’écrire ce livre, mais son père lui demande d’attendre sa mort pour le faire.

«  Tu ne veux pas que j’écrive ce livre. Tu me l’as dit. Tu me l’as demandé. Tu y avais pensé toute la soirée, toute la nuit, tu ne voulais pas. Ou, plus précisément, tu ne voulais pas que je l’écrive maintenant. Ce livre, Laurence, tu l’écriras quand je serai mort. Voilà ce que tu m’as dit. »

Ce roman est un roman sur la recherche de vérité, sur une famille très attachée à la sauvegarde des apparences, où on ne montre pas ses sentiments, on se tait.

«  Dans notre famille, on se tait. De plus en plus on se tait. On s’enfonce dans le mutisme comme d’autres dans l’alcool. »

C’est le long cheminement qui permettra à la narratrice de vivre, de respirer à nouveau.

« Je ne veux plus me noyer. Je veux remonter à l’air libre. Respirer. »

C’est aussi un questionnement sur l’écriture, sur son pouvoir.

« J’ai adossé depuis longtemps ma vie à l’écriture. Je m’en suis remise à elle comme on s’en remet à un être qu’on aime: éperdument. Envers et contre tout. Ecrire, c’était lutter contre le silence. Faire surgir, des eaux dormantes, des mots que je découvrais miens. C’était prendre conscience que je pouvais, moi aussi, parler.

Ecrire, c’était aussi tenter de mettre en ordre ce qui dans ma vie l’était si peu. Avoir l’illusion de triompher sur le désordre.

Aurais-je tout faux?

Pour la première fois ce matin je me demande si l’écriture peut résoudre quoi que ce soit. J’ai peur de m’être trompée, que cette entreprise d’écriture soit vaine. J’ai peur d’en rester avec ces blancs qui m’aveuglent, ces trous noirs qui m’aspirent. J’espérais, en m’engageant dans ce texte, faire jaillir du sens, reconstituer une unité. »

Après en avoir fini la lecture, j’ai délicatement détaché la couverture de papier Kraft pour d écouvrir un auteur que je n’avais encore jamais lu et le titre, merveilleusement bien choisi, de ce texte: Confusion des peines de Laurence Tardieu

Il s’agit là d’un roman poignant. Une belle écriture. Un texte à conseiller à ceux qui ne le connaissent pas encore.

 

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