Ma patrie est un visage de Tahar Ben Jelloun

Ma patrie est un visage
une lueur essentielle
une fontaine de source vive
C’est une main émue
qui attend le crépuscule
pour se poser sur mon épaule
C’est une voix
de sanglot et de rire
un murmure pour les lèvres qui tremblent
Ma patrie n’a d’horizon
qu’une tendresse retenue
dans des yeux noirs
une larme de lumière
sur les cils
C’est un corps de tourments
précieux
comme une touffe de racines
voisin de la terre chaude
C’est un poème
engendré par l’absence
un pays à naître
au bord du temps et de l’exil
après un sommeil profond
suspendu à un arbre
aux branches fragiles
frappées par le vent
Ma patrie est une rencontre
qui a eu lieu sur un lit de feuillage
une caresse pour dire
et un regard pour dormir
un pays à l’écart des mots
tant le souvenir est meurtri
Entre nos doigts
un ruisseau
pour que le silence soit
Mon visage est de ce ciel obstiné
vide
blessé par l’élégance du refus
Ma chute notre amour
arbre saigné
défiguré par la grâce rompue
une même douleur
de nos corps s’est emparé
Reste ce poème
pour le deuil tardif
d’une patrie qui n’a plus de visage.

Tanger, 4 juin 1979

(Tahar Ben Jelloun, À l’insu du souvenir, 1980)


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s